Pendant les hautes saisons à Venise, des masses de touristes affluent tout au long des journées. Hormis des exceptions, tous s’arrêtent aux mêmes endroits pour prendre une photo des vues pittoresques et des gondoliers comme les cartes postales nous l'ont fait rêver. Dans le cas de cette industrie touristique, ce n’est plus tant le monument en lui-même qui semble intéressant mais la possibilité de produire par ses propres moyens une image semblable à celles que l’on a vues.

Venise analogique est une perception singulière et sensible mettant sur un même plan la banalité du quotidien et l’extraordinaire de la découverte. Malgré sa part de subjectivité dans le choix du moment photographié, la sensibilité émotionnelle est rationalisée au travers d’une esthétique neutre. Un lien émotionnel et esthétique émerge du dialogue entre cette sensibilité et une composition sans drame ou hyperbole visuelles. Cette volonté permet de faire ressortir le sujet en tant que tel et de mettre à distance le point de vue du photographe. La texture de l’analogique nous détache du réel, le temps est ralenti. Plus qu’une information, c’est un certain regard, empreint d’une nostalgie instantanée, sur l’atmosphère si particulière de Venise.